Lettre en hommage à Jacques Giès (1950-2021) - Grand maître de la sinologie Française

Lettre en hommage à Jacques Giès (1950-2021)

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Jacques Giès, le 20 novembre 2008, au Musée Guimet à Paris (c)  François Guillot / AFP 

 
Grand maître de la sinologie française
83786 1271232369 hdexpo tao 4 tt width 650 height 432 fill 0 crop 0 bgcolor eeeeeeC’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès brutal et inattendu de Monsieur Jacques Giès, survenu le 11 avril dernier.
Ancien président du musée national des arts asiatiques - Guimet, et spécialiste incontournable de la peinture bouddhique d’Asie centrale et chinoise, Jacques Giès fut commissaire de grandes expositions internationales présentées aux galeries nationales du Grand Palais : Sérinde, Terre de Bouddha (1995-1996), Trésors du Musée du Palais ; Taipei : Mémoire d’Empire (1998-1999) ; Montagnes Célestes: Trésors des musées de Chine (2004) et « La Voie du Tao : un autre chemin de l’être » (2010). 
Vue de l'exposition « La Voie du Tao » au Grand Palais en 2010
© P-O. Deschamps / Agence Vu pour la Rmn
Beaucoup d'entre vous le connaissaient bien pour avoir suivi ses enseignements au sein de notre association, à l’Ecole du Louvre ou à Paris IV, pendant de nombreuses années. Aussi nous savons la peine que provoquera ici cette annonce. C’est ainsi que Laure Feugère (Chargée de mission Chine-Asie centrale de 1979 à 2010 au musée Guimet), qui a travaillé de nombreuses années avec Jacques Giès, et moi-même, avons voulu profiter de cet espace pour lui rendre hommage en se souvenant particulièrement de quelques projets novateurs auxquels il nous a directement associés, l’une et l’autre.
 
Jacques Giès et la Galerie du Panthéon Bouddhique 
unnamed 2Une étape importante dans la vie du musée Guimet fut l’ouverture des galeries du Panthéon Bouddhique de la Chine et du Japon dans l’hôtel d’Heidelbach, au 19, avenue d’Iéna, rapidement surnommée « l’Annexe », et qui abrita aussi fort longtemps les bureaux de l’AFAO. Cette extension des salles du musée Guimet fut le fruit d’efforts « conjugués » en particulier de Bernard Frank (Professeur au Collège de France, qui fut une autorité incontestée dans le domaine de l’iconographie religieuse japonaise), et de Jack Lang, le ministre de la Culture qui l’inaugura le 4 avril 1991, réalisant ainsi le vœu d’Emile Guimet d’initier en France l’étude des religions asiatiques.
Galerie du Panthéon Bouddhique (c) AFAO
unnamed 1Bernard Frank avait découvert le caractère exceptionnel des pièces bouddhiques rapportées du Japon par celui-ci, et avait convaincu Jack Lang, dès 1984, de les découvrir dans les réserves du musée. Jean-François Jarrige, devenu en 1987 le président de Guimet, voulant, à juste titre, célébrer, le centenaire de la fondation du musée, s’intéressa ainsi beaucoup au projet de rénovation de cet hôtel. C’est alors qu’il confia à Jacques Giès et à Catherine Delacourt, sous le regard attentif de Bernard Frank, le soin de présenter ces collections en se référant au Butsuzô zui, un ouvrage japonais du XVIIe siècle, qui classifie de manière rigoureuse les figures vénérées du Bouddhisme.

Outre la rénovation de l’hôtel, Jacques Giès installa dans l’ancien fumoir du banquier Heildelbach, au second étage, la réserve des peintures et textiles de Dunhuang, rapportés par Paul Pelliot en 1909. Une autre salle fut dédiée à la réserve des peintures chinoises, tandis que la salle centrale permettait de les étudier sur de grandes tables ou de les présenter verticalement dans une alcôve (ancienne chambre à coucher).
  « Je me souviens, aime à dire Laure Feugère, de la stupéfaction et de l’intérêt du directeur de la Cité Interdite de Pékin, lors de sa visite à Paris et à l’Annexe, devant le soin que nous avions apporté à préserver ces collections ».
Terre Pure d'Amitabha Peinture, couleur sur soie, Grottes de Mogao, Xème.
Paris, musée Guimet (c) RMN, Richard Lambert
En soutien à l'étude des textiles de Dunhuang
unnamedCurieuse fin de cette histoire : en 2007, un projet lancé par M. Zhao Feng (Directeur du musée de la Soie à Hangzhou, Chine) portait sur la publication d’une étude exhaustive des textiles de Dunhuang conservés dans les musées d’Europe et d’Asie. Après la publication d’un premier volume consacré aux collections du British Museum et du Victoria & Albert Museum, il soumit l’idée d’en faire autant avec les collections du musée Guimet et de la Bibliothèque Nationale François Mitterrand, ce que Jacques Giès et Jean-Francois Jarrige acceptèrent.
Ils chargèrent alors Laure Feugère de la réalisation de ce projet. Elle fut aidée par un tout jeune étudiant stagiaire, Arnaud Bertrand qui traduisit de nombreuses notices qu’il avait contribué à élaborer depuis deux années. Ce livre (paru en français, chinois, anglais) fut préfacé par un magnifique texte de Jacques Giès dont nous présenterons dans un article à part l'intégralité du texte. 
Un musée doit être une vitrine aussi des créations artistiques contemporaines
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Jacques Giès, Personnages 1, 2011. Techniques mixtes.
Courtesy Galerie (c) Jacques Giès
 
images ExpoPrune Nourry AfficheArnaud se souvient d’une rencontre durant laquelle Jacques Giès faisait le constat qu’en ne présentant que des œuvres antiques et médiévales, le musée Guimet ne pouvait se rapprocher des créations artistiques des temps actuels. Jacques était d'ailleurs peintre lui-même, Françoise Chappuis se souvient qu’à la fin d’une journée à l’AFAO, il lui avait proposé en toute discrétion de découvrir quelques-unes de ces oeuvres.

C’est ainsi que dans les dernières années de sa présidence, il tenta d’intéresser le public à l’art contemporain asiatique. Les « cartes blanches » données aux artistes contemporains que Sophie Makariou met si justement à l’honneur depuis ses premières années à la direction du musée, sont un beau témoignage de continuité avec les derniers projets innovants montés par Jacques Giès. 
Mais forts de l’empreinte laissée dans nos mémoires, nous tenterons de prolonger notre hommage à cet amoureux de l’art asiatique et ce Maitre de la Sinologie dans les activités culturelles de l’AFAO des mois à venir.
Toutes nos pensées vont aujourd’hui en priorité à sa famille.

Mme. Laure Feugère (Ancienne chargé de mission chine - Asie centrale au musée Guimet)
& M. Arnaud Bertrand (Sinologue, archéologue - Chercheur associé, ARscAN)
Avec le soutien de M. Christophe Marquet (Président), Mme. Françoise Chappuis (Administratrice et ancienne directrice de l’AFAO), de Mme. Françoise Pommaret (Secrétaire générale) et de  Mme. Danièle Laufer (bénévole de l'AFAO et ancienne élève de Jacques Giès à l'Ecole du Louvre)