L’art de gouverner en Asie - GUIMET/AFAO

Samedi 21 novembre 10h-17h

L’art de gouverner en Asie - sources, héritages, créations et recréations

1280px Kenpohapu chikanobu Chikanobu, Promulgation de la constitution de Meiji (Kenpô happu) © Wikimedia Commons

Argumentaire

Nées très tôt, en Inde et en Chine notamment, les sciences politiques ont en Asie donné lieu à des créations théoriques peu connues encore aujourd’hui. Comparables au « Prince » de Machiavel pour l’Europe, de nombreux textes ont ainsi été présentés aux empereurs, aux rois et aux princes Afin de leur proposer un idéal de gouvernance. Leurs auteurs théorisèrent à travers eux l’histoire de leur pays et tentèrent de définir les conditions d’une paix durable pour l’élu et son peuple. Quel poids et quelles influences ces textes de « sciences politiques » ont –ils eu sur le cours de l’histoire des sociétés asiatiques ? Comment sont-ils entrés en résonnance ou en concurrence les uns par rapport aux autres ? Comment nourrissent-ils encore la vie politique d’aujourd’hui ? Dans une nouvelle dynamique d’échanges, quatre chercheurs et « un grand témoin » nous aident à envisager ces questions en interrogeant quatre textes historiques, et leur portée dans le temps.

 

Programme 

-Inde : Arthashastra अर्थशास्त्र (« Traité du politique »)

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L'Arthaśāstra constitue le principal traité de l'art politique de l'Inde ancienne. Attribué à Kautilya le conseiller de l'empereur Candragupta (fondateur de la dynastie Maurya 321-185 av. J.-C.), le texte qui nous est parvenu résulte sans doute d'une compilation à partir de matériaux anciens faite par Vịṣnugupta au iii e ou iv e  siècle. Ce "Traité du politique" est consacré à la poursuite de l'artha, celle des moyens concrets que l'on doit mettre en œuvre pour assurer sa puissance et sa richesse. L'artha concerne en premier lieu le roi, dans la mesure où celui-ci a vocation à garantir la paix et le bien-être de son royaume, reposant sur la libre jouissance par chacun de ses biens L'œuvre se présente comme un « manuel » inventoriant, sur un mode purement prescriptif, les lignes de conduite requises pour réaliser les objectifs du roi. L'ouvrage comprend quinze livres dont les cinq premiers sont consacrés à la politique intérieure et les dix autres à la diplomatie et à la stratégie.

Intervenant: Jean-Joseph Boillot est né le 11 janvier 1956. Il est professeur agrégé de sciences économiques et sociales et docteur en économie. Il a notamment enseigné à l’École normale supérieure et travaillé sur l’Asie comme chercheur associé au CEPII. Après de multiples séjours en Inde et en Chine au cours des années 1980, il a soutenu en 1989 une thèse sur le modèle Indien de Développement comparé en particulier à la Chine avant d'élargir ses recherches à l'ensemble du monde émergent. Il est auteur de nombreux ouvrages dont L'Inde ancienne au chevet de nos politiques: L'art de la gouvernance selon l'Arthashâstra de Kautilya

 

-Chine : Zizhi tongjian 資治通 (« Miroir général pour aider au gouvernement »)

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Ayant de retrouvé une certaine stabilité sur son territoire au temps des Song du Nord (960-1127), la Chine entend préserver cette stabilité en ouvrant une réflexion sur sa propre histoire. Les premiers empereurs Song décident alors de faire de Kaifeng, capitale de la dynastie, une cité du savoir.et l’empereur Yingzong (r. 1063-1067) charge l’érudit Sima Guang 司馬光 (1019-1086), de réaliser cette « aide au gouvernement », prenant la forme d’une histoire complète de la chine depuis sa plus haute époque. Cet ouvrage, rassemblant au total 294 volumes et plus de trois millions de caractères eut pour ambition de servir aux empereurs successifs afin de ne pas reproduire les erreurs du passé.

Intervenant : Alain Arrault (directeur d’études à l’EFEO ; HDR ; spécialiste des textes de l’histoire intellectuelle de la Chine prémoderne)

 

Asie Centrale : Qutadğu Bilig (« La sagesse qui apporte le bonheur »)

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Sans doute considérée comme étant la plus ancienne œuvre littéraire turque, le Qutadgu Bilig est un recueil de poésies rédigé en 1069 par Yūsuf Khāṣṣ Ḥājib, sous le règne des Kara-khanids, première dynastie Turque convertie à l’Islam. Dominant une grande partie des territoires de l’Asie centrale du Xè et au début XIIIè siècle, cette dynastie s’étendait jusqu’à Kashgar (Xinjiang°) plaque tournante du commerce sur les « Routes de la Soie ». Le Qutadgu Bilig y fut présenté au prince Tavghach Bughra Khan lui prodiguant les commandements nécessaires à un gouvernement équitable, juste et bienveillant pour tous les habitants (turcs, iraniens, chinois, chrétiens…). Inscrit au patrimoine de l’Unesco en 2019, ce texte préservé via plusieurs copies comporte une particularité du point de vue de la sociologie, de la culture, de la structure étatique et de l’histoire du monde turcique.

Intervenant : Dr.Ahmed Bakcan, directeur de l’Institut Yunus Emré - Centre Culturel de Turquie à Paris et titulaire du doctorat en sciences des textes et des documents de l’Université Paris VII.

 

Japon : Gakkô mondôsho学校問答書 (« Dialogue sur l’école »)

image Gakkô mondô sho

En 1852, un guerrier lettré dont le prestige intellectuel et l’influence ne cessent de grandir au Japon, Yokoi Shônan 横井小楠 (1809-1869), publie un court texte dans lequel il expose son point de vue sur l’éducation, ou plus exactement sur ce que doit être une « école ». Son « Dialogue » répond aux interrogations du seigneur de Fukui, Matsudaira Yoshinaga松平慶永 (1828-1890), qui lui a demandé conseil sur la manière de réformer l’école de son fief pour la rendre plus performante au regard de la nouvelle époque qui se dessine. Peu connu hors du Japon, il s’agit d’un texte essentiel dans l’histoire intellectuelle et politique du Japon tant pour des raisons chronologiques (sa rédaction précède l’arrivée du Commodore Perry) que politiques (il affirme le lien qui existe entre la politique et l’école et le rôle de celle-ci au regard de celle-là : mieux éduquer, c’est mieux gouverner), pédagogiques (il propose une réforme radicale des contenus d’enseignement) ou encore « philosophiques » (car reposant sur une critique de la conception de l’éducation à partir d’un point de vue interne au confucianisme et non « occidentaliste »).

Intervenant: Christian Galan (professeur de langue et civilisation japonaises à l’université Toulouse-Jean Jaurès et chercheur à l’Institut Français de Recherche sur l’Asie de l’Est – Inalco, université de Paris, CNRS)


Inscriptions dès le 7 septembre 2020

Conditions d’accès : Cette journée se déroulera au sein du Salon Paul Pelliot de l'Hôtel d’Heidelbach (19 avenue d'Iéna - 75116 Paris), de 10h à 17h (horaire sous réserve de modifications). Elles seront en accès libre et gratuites sous réserve de place disponible. Les modalités de réservations se feront directement auprès du musée.

Inscriptions ouvertes dès septembre en vous rendant sur la page suivante https://www.guimet.fr/event/colloque-lart-de-gouverner-en-asie/

ou

En écrivant à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (le lundi, mardi, jeudi, vendredi de 9h30 à 11h30 et de 14h à 15h00 ; le mercredi de 9h00 à 11h30).

 

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Source background : Japon © Gérard Legris